Alors que la capitale est frappée par une montée préoccupante de l’insécurité, un duel institutionnel s’enracine entre le gouverneur Daniel Bumba et le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani. Cette confrontation, loin d’être anecdotique, révèle l’essoufflement d’un système de gouvernance fragilisé à la fois par les défis sécuritaires et par des interprétations divergentes du cadre constitutionnel.
La ville est secouée par une série de violences urbaines : attaques imputées aux groupes Mobondo, braquages à répétition, prolifération de bandes de jeunes délinquants. Dans ce climat d’instabilité, les Kinois expriment un sentiment croissant d’abandon. La police nationale, elle, peine à contenir l’ampleur des incidents, freinée par des moyens insuffisants, un manque de réformes de fond et une mauvaise synchronisation entre les autorités centrales et provinciales.
C’est dans ce contexte tendu que le VPM de l’Intérieur a lancé une mission de contrôle ciblant le gouvernement provincial. Officiellement, cette opération vise à renforcer la transparence et la supervision administrative. Mais à l’Hôtel de Ville, la démarche est perçue comme une tentative de tutelle contraire à la Constitution, qui garantit la libre administration des provinces et encadre strictement les mécanismes de contrôle : Assemblée provinciale, Inspection générale des finances et Cour des comptes.
Le gouvernement provincial rappelle d’ailleurs avoir fait l’objet d’un audit continu durant l’année 2024, à la demande du gouverneur Bumba, et avoir transmis l’ensemble de ses rapports aux organes compétents. Pour lui, s’opposer à cette nouvelle mission n’est pas fuir la reddition des comptes, mais défendre le respect des dispositions constitutionnelles et de l’esprit de la décentralisation.
En réalité, ce bras de fer met en lumière un problème plus profond : les difficultés persistantes à faire coexister un pouvoir central fort avec des provinces censées bénéficier d’une autonomie réelle. Les tensions actuelles montrent que les frontières institutionnelles restent floues, laissant place à des interprétations politiques qui nuisent à l’efficacité de l’action publique, notamment dans un contexte de crise sécuritaire.
Pour de nombreux observateurs, l’absence d’une coopération harmonieuse entre le gouvernement central et le gouvernement provincial mine la capacité de l’État à répondre aux défis de Kinshasa. Le duel entre Bumba et Shabani, s’il perdure, pourrait devenir un symbole des limites de la décentralisation congolaise, souvent proclamée mais encore difficilement appliquée.
Au moment où la capitale a besoin d’une unité de commandement et d’une stratégie sécuritaire cohérente, la confrontation entre ces deux pôles de pouvoir risque de détourner l’attention, d’affaiblir les institutions et de laisser l’insécurité gagner du terrain. Car c’est bien là le paradoxe : Kinshasa traverse une crise sécuritaire majeure au moment même où ceux qui devraient y répondre s’enferment dans un affrontement juridique et politique.
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