Avec tout le respect dû au Président national du LGD, ancien Premier Ministre et figure éminente des réformes institutionnelles, à la faveur de la parution de son récent ouvrage que je me propose de lire avec un intérêt soutenu, je m’autorise, en ma qualité de Congolais libre et indépendant, ancien haut cadre du LGD et aujourd’hui Président de la Force Républicaine du Congo (FRC), à livrer une réflexion citoyenne, responsable et profondément républicaine.
La récente sortie médiatique du camarade Matata me paraît, à plusieurs égards, avoir manqué une opportunité stratégique majeure, pour au moins trois raisons essentielles.
Premièrement au lieu de mettre en valeur la substance intellectuelle et programmatique de son ouvrage, le respectable professeur d’économie s’est égaré, avec une certaine imprudence, sur le terrain hautement sensible de la question sécuritaire à l’Est du pays, sans en saisir pleinement et présenter la complexité géopolitique et historique.
Deuxièmement, en attribuant quasi exclusivement l’instabilité sécuritaire et les pertes humaines à la seule mauvaise gouvernance des institutions, il omet volontairement ou non de rappeler que le socle politique du pouvoir actuel repose sur un processus électoral de 2018 largement contesté, dont les principaux acteurs du régime précédent portent une responsabilité historique directe.
Cette posture soulève plusieurs interrogations légitimes :
– Comment concilier ses propos avec les déclarations antérieures désignant clairement le Rwanda comme acteur majeur d’agression et de déstabilisation de notre territoire ?
– Comment expliquer que la rébellion aujourd’hui incarnée par Corneille Nangaa et ses alliés, ouvertement soutenue par le Rwanda, puisse être analysée uniquement sous l’angle de la gouvernance interne, alors même que la dimension militaire et étrangère de la crise est désormais publique et assumée ?
– Peut-on sérieusement évacuer la responsabilité externe dans un conflit où la souveraineté nationale est directement violée ?
Troisièmement, sur le terrain de la justice, le Président Matata fragilise davantage son image lorsqu’il recourt à des lectures à connotation ethnique pour expliquer sa situation judiciaire, au lieu d’articuler son argumentaire autour d’éléments juridiquement recevables : respect des procédures, garanties constitutionnelles, déni de justice et protection effective des droits fondamentaux.
Enfin, au nom du mouvement SAUVONS LA RDC ,dont plusieurs figures de proue sont issues des anciennes structures du pouvoir, une question demeure entière : hormis quelques uns, à quel moment ceux qui ont contribué hier à fragiliser les institutions ont-ils engagé un véritable exercice d’autocritique et de responsabilité politique devant le peuple congolais ?
En définitive, cette communication, réalisée depuis l’étranger, apparaît moins comme une contribution stratégique au débat national que comme une occasion manquée, tant sur le plan pédagogique que politique.
Joseph EDEBA
Acteur politique de l’opposition
Président National du FRC
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